Parcours de pré-professionnalisation, une nouvelle voie de recrutement d’enseignants pour pallier le manque d’attractivité de nos métiers

La création de ce parcours s’insère dans la refonte des concours de recrutement et notamment le déplacement en fin de deuxième année de master (M2) de ceux-ci dès 2022 (au lieu du M1 actuellement).

Principe général

Le parcours de pré-professionnalisation de 3 ans est proposé aux étudiants à partir de la deuxième année de licence (L2-L3-M1). Il conjugue un cycle de formation universitaire avec une formation pratique. A compter de la rentrée de 2020, il devait concerner 3000 étudiants chaque année.

Découverte du métier d’enseignant

Si le choix de la licence semble libre (licence en sciences de l’éducation ou licence disciplinaire), le master est nécessairement le master MEEF (Métiers de l’Enseignement, de l’Education et de la Formation).

Il concerne à la fois le recrutement des enseignants du premier et du second degré. Cependant il est pour l’instant limité aux écoles de certaines académies (Amiens, Créteil, Guyane, Lille, Limoges, Lyon, Paris, Reims, Rouen, Strasbourg et Versailles, mais la liste n’est pas exhaustive) et à certaines disciplines dans le second degré (allemand, anglais, lettres modernes et mathématiques, etc.).

Il s’agit d’un contrat d’AED (assistant d’éducation) d’une durée de trois ans (L2, L3, M1) co-signé par l’étudiant en contrat de pré-professionnalisation et l’établissement scolaire ou l’école où il est affecté.

Ce sont les rectorats qui recrutent les étudiants de ce dispositif en partenariat avec des universités.

Rémunération et missions

Le métier d’enseignant

Le bénéficiaire du contrat de pré-professionnalisation est présent 8 heures par semaine dans l’école ou l’établissement pendant l’intégralité du temps scolaire. En M1, pour les AED affectés dans le secondaire, le service d’enseignement est ramené à 6h et complété par des temps consacrés à la préparation, l’analyse réflexive notamment en lien avec le tuteur en établissement, ainsi qu’à diverses réunions.

La rémunération versée sur l’ensemble de l’année est cumulable avec une bourse d’études sur critères sociaux.

Niveau d’études
Rémunération nette mensuelle
Missions
1er degré 2d degré
L2 700 € Observation
Interventions ponctuelles sur des séquences pédagogiques, sous la responsabilité du professeur
Participation à l’aide aux devoirs et aux leçons
Observation
Interventions ponctuelles sur des séquences pédagogiques, sous la responsabilité du professeur
Participation à l’aide aux devoirs et aux leçons, notamment dans le cadre du dispositif "devoirs faits"
L3 963 € Activités éducatives, notamment intervention dans les APC
Interventions ponctuelles sur des séquences pédagogiques en classe sous la responsabilité du professeur
Le cas échéant, participation à l’aide aux devoirs et aux leçons
Participation à l’accompagnement personnalisé au collège et au lycée, EPI au collège
Interventions ponctuelles sur des séquences pédagogiques en classe sous la responsabilité du professeur
Interventions dans les parcours éducatifs
Participation à l’aide aux devoirs et aux leçons, notamment dans le cadre du dispositif "devoirs faits"
Master
MEEF
M1
980 € En responsabilité (4 à 6 semaines) : prise en charge de séquences pédagogiques complètes (notamment, remplacement d’enseignants de l’école, compatible avec la continuité pédagogique des enseignements)
Autres activités pédagogiques ou d’éducation précitées
En responsabilité (4 à 6 semaines) : prise en charge de séquences pédagogiques complètes (notamment, remplacement d’enseignants de l’établissement dans la même discipline, compatible avec la continuité pédagogique des enseignements)
Autres activités pédagogiques ou d’éducation précitées

Contenu de la formation

  • en licence
    La formation

    La situation semble différente en fonction du type de licence et donc de l’orientation future vers le premier ou le second degré des étudiants.

➢ S’il s’agit d’une licence « sciences de l’éducation », les étudiants auront, au sein de leur université, des supports théoriques et un encadrement adapté pour les aider à réfléchir et faire évoluer leur pratique dans le cadre de leur apprentissage.
➢ S’il s’agit d’une licence disciplinaire, il semblerait indispensable que soit adossé à celle-ci un parcours « pour l’enseignement ».

  • en master MEEF
    ➢ La formation comprend 800 heures réparties sur deux années (hors stage). Environ la moitié de ces heures est consacrée à des enseignements plutôt disciplinaires et l’autre moitié à des enseignements autour de la pratique des métiers de l’éducation.

Nouveaux concours :

La création d’une filière de recrutement « par alternance » rend nécessaire la modification des conditions d’accès au statut pour les alternants et donc du contenu des concours de recrutement, au moins dans le secondaire. En effet, ces futurs candidats aux concours n’auront pas eu autant d’heures purement disciplinaires dans leur cursus que ceux qui choisiront un cursus plus classique, sans alternance. Ils auront par ailleurs une expérience concrète de trois ans au sein d’un établissement scolaire qui n’est pas valorisée par les épreuves actuelles des concours externes. Ils se retrouveraient donc désavantagés ce qui serait un paradoxe et un véritable scandale.

La FA-ENESR est favorable au développement d’un recrutement via une filière professionnalisation même s’il émet des réserves.

Il y a de nombreux points positifs qu’il ne faut pas balayer d’un revers de manche :

  • une immersion progressive dans le métier ;
  • le recrutement d’AED plus qualifiés ayant de réelles perspectives d’évolutions ;
  • une voie d’accès rémunérée rapidement pour des étudiants motivés par l’enseignement ;
  • la priorisation affichée pour recruter des étudiants boursiers, le cumul possible de la rémunération et de la bourse sur critères sociaux ;
  • une formation qui n’est pas uniquement disciplinaire mais également centrée sur le métier.

Cependant de nombreux points restent flous et, comme pour les autres réformes, il ne faut pas que les objectifs visés, aussi louables soient-ils, soient détournés pour des raisons d’économies budgétaires.

Concernant les contrats de pré-professionnalisation :

  • comment seront recrutés ces étudiants ? Sur quels critères ? Si la circulaire précise que le dispositif cible particulièrement les élèves boursiers, une commission paritaire garantissant une impartialité est indispensable pour éviter tout passe droit ;
  • la prise en compte du contrat de pré-professionnalisation dans l’avancement de carrière et pour le calcul des droits à retraite doit être assurée ;
  • les voies de sortie pour ceux qui ne souhaiteraient plus devenir enseignant ou pour ceux qui n’auraient pas le concours doivent exister (car le concours doit être sélectif) ;
  • l’indemnité annuelle de 600€ pour les tuteurs en établissement ou dans les écoles est insuffisante pour réaliser correctement cette mission ;
  • les modalités financières d’accompagnement en L2, L3 et M1 des étudiants en contrat de pré-professionnalisation dans les universités ne sont pas définies au niveau national ;
  • la protection des AED en contrat de pré-professionnalisation face aux chefs d’établissements doit être assurée pour éviter toute tentation d’utiliser pour tout et n’importe quoi les AED qui deviendraient des variables d’ajustement dans les établissements scolaires. Le contrat proposé comme modèle par l’éducation nationale doit s’imposer et ne pas être considéré comme un exemple ;
  • la difficulté d’équilibrer le travail universitaire et l’apprentissage notamment en licence disciplinaire doit être prise en compte et les horaires de présence en établissement doivent obligatoirement être adaptés pour ne pas pénaliser les AED en pré-professionnalisation.

Concernant l’année de passation du concours en M2 (c’est à dire après la fin du contrat) :

  • la prise en charge en pleine responsabilité de classes par des étudiants qui n’ont pas eu le concours pose problème. En l’état actuel, ils n’auront pas le statut de fonctionnaire stagiaire et n’auront donc ni les mêmes obligations, ni les mêmes droits. Leur encadrement, au sein des établissements scolaires doit être supérieur à l’encadrement d’un fonctionnaire stagiaire actuel. Or ces modalités ne sont pas clairement définies pour l’instant ;
  • le statut, les missions, les modalités d’affectation, la rémunération doivent être précisés. Il est impensable, par exemple, que les étudiants en M2 soient moins bien rémunérés que lorsqu’ils étaient encore en M1 sous contrat de pré-professionnalisation. Il devrait également être exclu de les affecter dans les établissements les plus difficiles ;
  • l’année M2 sera très chargée pour un étudiant-enseignant débutant qui cumule l’enseignement en responsabilité à temps partiel et la préparation du concours (Quid de la rédaction d’un mémoire ?) ;
  • la prise en compte du travail effectué durant l’année de M2 dans l’avancement de carrière et pour le calcul des droits à retraite doit être assurée.

Concernant les concours de recrutement :

  • la publication au journal officiel des textes concernant les nouveaux concours entérine le fait que tous les candidats passeront de nouvelles épreuves quelque soit leur parcours. Ainsi, seront mélangés des profils très différents ;
  • si l’adaptation du concours pour les étudiants étant passés par un contrat de pré-professionnalisation est indispensable, il paraît irréaliste de recruter tout le monde selon les mêmes modalités sauf à baisser le niveau disciplinaire exigé. En effet, sans cet artifice, ceux passés par la pré-professionnalisation seraient désavantagés par rapport à ceux qui seraient en licence puis en master disciplinaire ;
  • de la même manière, comment recruter des candidats en reconversion professionnelle (« les secondes carrières ») avec une épreuve spécifique basée sur la connaissance concrète du système scolaire et de la pratique du métier d’enseignant, alors que ces profils sont actuellement un vivier important de recrutement ?
  • la FA-ENESR demande à ce que les étudiants ayant bénéficié d’un contrat de pré-professionnalisation bénéficient des places réservées aux concours internes et que le nombre de places offertes soit réévalué en conséquence. Cela permettrait de séparer clairement les filières de recrutement et de conserver les spécificités et le niveau de sélectivité de chacune d’elles.

Après l’obtention du concours, y aura-t-il plusieurs catégories de fonctionnaires stagiaires ?

  • Il serait difficilement acceptable qu’un titulaire du concours ayant déjà travaillé 4 ans pour l’État (en contrat de pré-professionnalisation puis en M2) soit traité de la même manière que tous les autres. La période stage pourrait être réduite. Compte tenu de leur formation moindre dans les disciplines on pourrait imaginer un parcours particulier de renforcement pendant la période de stage.
  • A l’inverse, ceux qui seraient passés par une voie plus classique ou pour les secondes carrières, il paraît indispensable de les soutenir dans la gestion de classe et la construction de séances pédagogiques durant cette année de stage.
  • La FA-ENESR demande que l’année des fonctionnaires stagiaires soit adaptée au parcours en renforçant soit le volet disciplinaire, soit le volet pédagogique et didactique.

La FA-ENESR s’inquiète d’une réforme aux contours encore flous alors qu’elle entre déjà progressivement en vigueur depuis la rentrée de 2019.

  • La FA-ENESR est favorable à une voie d’entrée dans le métier d’enseignant par alternance mais il craint une utilisation dévoyée de ce dispositif pour faire baisser artificiellement le nombre de fonctionnaires en repoussant la titularisation d’un an et en précarisant les étudiants en M2.
  • Sans un statut adapté, fixant des droits et des devoirs pour les candidats aux concours en responsabilité (M2), l’administration s’expose à devoir gérer de nombreux problèmes qu’elle n’avait pas, car jusqu’alors n’étaient en responsabilité que des fonctionnaires stagiaires.
  • Sans une différenciation des voies d’entrée, l’iniquité des concours et la baisse du niveau d’exigence disciplinaire sera inévitable.

Alors que les difficultés de recrutement d’enseignants vont croissantes, une réforme bâclée aurait des effets contreproductifs graves. La situation est déjà dramatique, ce serait tout bonnement irresponsable.


Textes réglementaires :

Décret n°2019-981 du 24 septembre 2019
Arrêté du 24 septembre 2019

Circulaire n° 2019-156 du 6-11-2019
https://www.education.gouv.fr/bo/19/Hebdo41/MENH1929194C.htm?cid_bo=146374